Carnet de route

Le Caduc

Le 04/06/2018 par TROTIGNON Laurent

Sortie du 3 juin 2018

Le Caduc n’est certes pas le K2 … mais comme ce dernier, il n’appartient qu’à ceux qui se lèvent tôt et qui de surcroît ont le privilège d’une météo clémente. Pour le premier point, j’ai réussi à convaincre mes coéquipiers de nous retrouver à 6h00 à Venelles. Nous serons finalement cinq, Béatrice, Daniel, Michele, Clara et moi-même à tenter l’aventure. Pour la météo, je croise mes impressions avec celles de Daniel, expérimenté et de bon conseil. La conclusion est qu’il y a un créneau météo suffisant, une probabilité d’orage d’environ 20%  étant donnée après 16h.

Notre camp de base, situé au Hameau de La Favière (1170 m) en Haute-Bléone, est atteint peu avant 8h. Nous y plantons la voiture, sous les premières maisons du village endormi. Les bouteilles d’oxyde de dihydrogène (H2O) sont chargées dans les sacs, elles nous permettront de tenir en altitude et tout au long de notre randonnée.

Le sentier démarre juste derrière le hameau, traversant de façon abrupte des restanques à l’herbe mouillée, envahies par les genêts. Nous passons la bergerie du Serre, les enclos à moutons sont prêts pour la transhumance. Plus loin, une maison isolée, des ruches, la cheminée fume. Le sentier se lance à l’assaut de la Crête du Cadun. Dans cette première heure, j’impulse un rythme de marche assez (trop) soutenu (nous montons de 600 m), j’ai toujours en tête ce fameux risque d’orage et la marche sur les crêtes qui nous attend en milieu de randonnée. Ce rythme n’empêche cependant pas le moins du monde Clara et Béatrice de poursuivre leurs discussions animées.

Au départ de la première halte, je constate que Daniel boîte légèrement, une mauvaise combinaison entre une vieille tendinite, des chaussures assez rigides et la forte cadence de la marche. Que faire ? Daniel réajuste le laçage des chaussures, constate que ça va mieux, propose de continuer quand même. Je me prépare néanmoins à changer l’itinéraire ou à interrompre la sortie en fonction de la situation à la prochaine halte. Nous poursuivons plus calmement la progression. Les lavandes et le poivre d’âne sont en feuilles, il est agréable d’en sentir le parfum en en froissant quelques feuilles cueillies à la volée. Les genévriers nains lâchent leur pollen lorsque nous frottons leurs branches au ras du sol. Il fait beau temps, nous avons bien chaud.

Notre deuxième halte s’effectue au moment où il est encore facile de changer l’itinéraire, vers 2000 m d’altitude lorsque nous arrivons dans le vallon de Chanabaja. Nous consultons les gourdes et les sachets de fruits secs. Daniel confirme qu’il peut continuer, il est cependant apparent que ce ne sera sans doute pas très facile pour lui, surtout à la descente.

En l’absence de troupeau, ce vallon est très fréquenté par les chamois. Nous commençons à en voir, d’assez loin, nombreux et craintifs. Nous progressons en diagonale vers le col précédant le Pas des Eaux Grosses. Puis escaladons et suivons l’arête Nord-Ouest du Caduc, constituée de blocs de grès fracturés et de pentes à rhododendrons. C’est le terrain des lagopèdes, nous en lèverons plusieurs au cours de la balade, les ailes encore blanches de l’hiver passé dehors. Après environ 4h de montée, le groupe se rassemble au sommet du Caduc pour une photo, juste en face de la Tête de l’Estrop, très enneigée. Une houle de sommets nous entoure, connus, inconnus,  Brec de Chambeyron, Grande Séolane, Cheval Blanc, Boules. Au loin Digne et le Cousson, gravi récemment par Clara, Béatrice et Daniel.

Le vent qui souffle régulièrement signale que l’orage n’est pas imminent, la nébulosité n’est pas trop forte et les cumulo-nimbus restent assez plats.  Il ne faut cependant pas s’éterniser. Michele part en éclaireur sur l’arête, en direction du Sud. Un couple d’aigles passe en observation. De col en ressaut, nous atteignons le col (IGN 2448 m) qui précède le sommet de Sangraure. J’avais prévu d’y monter, mais Daniel est de nouveau fortement gêné par son tendon d’Achille, alors nous descendons rapidement sur la Montagne de la Selle puis traversons quelques ravins à gué, ou sur des ponts de neige encore solides, pour atteindre la fameuse cabane de Chanabaja. Tout ceci au prix de montées et descentes répétées, mais également récompensé par des fleurs magnifiques (coucous, fritillaires, gentianes, pensées, …), des cascades et de nombreux chamois et mouflons. Nous croisons trois randonneurs avec qui Michele dialogue gaiement. La boucle se referme, le rond de sorcières croisé à l’aller est mis à contribution (Agaricus Campestris), nous rejoignons le camp de base peu après 18h sans avoir essuyé l’orage, heureux comme de retour d’une expédition au Karakoram.

Durée pauses comprises : 10h (environ 8h45 de marche effective)

Denivelé positif : + 1790 m (avec l’option, non suivie, d’aller-retour sur Sangraure il faut ajouter 110 m)

Distance : environ 20 km.

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