Carnet de route
Tour du Collet de Travignon
Le 17/02/2019 par MATHIEU Didier
Sortie du 9 février 2019
Si vous voulez faire le même circuit que nous, cela ne devrait pas être très difficile : présentez-vous entre 9h et 9h30, à l'entrée du hameau de la Fontaine des Noyers, à quelques kilomètres à l'est de Saint-Saturnin-lès-Apt), puis emboitez le pas du guide sympathique qui viendra bien vite vous accueillir. Il s'agit d'un gentil toutou, pourquoi pas un terrier irlandais (ils ont aussi la réputation d'être de merveilleux chiens de compagnie !), bon regard sous une frange touffue ! Il se nommerait finalement Sam ?
Après une petite hésitation, le temps de deviner le sens de l'itinéraire, le voici qui prend la tête. N'imaginez surtout pas que, sous prétexte qu'il est court sur pattes, vous allez pouvoir passer devant ! Non, et même s'il ne figure pas sur la feuille de route aujourd'hui, l'encadrant, c'est lui ! Et, finalement, j'ai envie de lui laisser aussi la parole !
"Suivons consciencieusement le GR 9 qui remonte le fond de la Combe du Puits de Geay, franchissant les Portes de Castor. Vous n'y verrez pas plus de portes que de castors, mais un passage étroit entre deux jolis rochers aux teintes chaudes malgré la fraîcheur matinale en cette fin janvier, et qui ferment presque complètement la combe.
La montée est agréable, régulière, soutenue, bien tracée, à travers cades, chênes, buis parfois dévorés par les pyrales. Un bon soleil d'hiver finit par nous réchauffer le dos. Derrière, ça suit correctement, parfois je vois une pointe de bâton qui me double à gauche, ou à droite, mais j'accélère le pas et j'occupe bien tout le centre du chemin.
Il leur faut bien un ou deux arrêts-pipi, alors que moi, depuis le début, je rafraîchis consciencieusement mon propre balisage tous les 100 mètres !
Depuis quelques minutes, le chemin longe de nombreux murets de pierres sèches. Comment imaginer que ces fous d'humains ont vécu ici, sur ce sol ingrat, dégageant chaque mètre carré pour en faire un lopin cultivable ! Et pourtant nous voilà bien à l'entrée du pauvre village abandonné de Travignon, dont toute vie s'est retirée il y a plus de 70 ans. Beaucoup de maisons en ruines, les lierres essaient désespérément de maintenir ensemble les pierres descellées qui ne demandent qu'à tomber. Dans chaque maison se dressent de hauts arbres qui cherchent la lumière à travers les toits écroulés, et dont les branches sortent des fenêtres, offrant une ombre aux ruelles encaissées. Ici un four à pain, encore en assez bon état, là une pièce à vivre serrée autour d'une cheminée éventrée, au premier étage une chambre à ciel ouvert.
Bon, ils ont l'air de vouloir continuer plein nord, à mon avis, ils vont faire le "chemin des aiguiers".
C'est bien çà, à peine sortis des ruines, les voilà de nouveau admiratifs devant des tas de cailloux soigneusement empilés, qui cachent des trous d'eau taillés à même la roche. Ils appellent ça des aiguiers. Plusieurs rigoles creusée au bord de l'impluvium (moi aussi je peux faire le chien savant !) canalisent l'eau jusqu'à la citerne. Pas mal !
Nous voilà repartis sur une belle piste envahie de flaques gelées. Pas besoin d'aiguiers pour trouver de l'eau fraîche, il suffit de se baisser, il y a même des glaçons !
Nouvel aiguier, celui de Gayéoux, imposant, recouvert d'une belle voûte. Puis nous contournons la ferme de Gayéoux, imposante et très bien restaurée. Je les accompagne de loin pour aller voir un loup bleu qui sort du bois. Même pas peur, surtout que je reste prudemment derrière. Bon, il n'était qu'en carton-pâte. Derrière moi, j'entends les estomacs qui gargouillent, alors je les emmène au pied d'un grand mur à moitié écroulé, qui limite la belle bâtisse de Pétouchéou, malheureusement en triste état.
Midi trente, je m'assois dans une herbe sèche épaisse, poliment à l'écart, pendant qu'ils déballent leurs saucissons, jambons et autres tentations. Bien élevé, je ne réclame rien, mais, les surveillant avec un air "de ne pas y toucher", je ne rate quand même pas quelques petites gourmandises. On me donne même un peu à boire, ce qui ne se dédaigne jamais, d'autant que le soleil est maintenant bien chaud. On aurait même tendance à s'assoupir, si le chef ne donnait pas le signal de départ. Finalement, je serais bien resté là plus longtemps à me prélasser, et les pattes commencent à être lourdes. Il faut y aller mais dès lors, je les laisse passer devant, il faut que je m'économise, car la route est encore longue, et je les laisse se tromper, revenir en arrière, cela me donne un petit répit !
Certes, ce n'est plus que de la descente, dans le joli vallon de Berre, mais les cailloux sont trop durs, je me demande si je ne commence pas à avoir quelques ampoules !
Ah, encore un aiguier, celui d'Auribeau ! Eh oui, il y a des trous creusés dans la pierre, des rigoles, des dômes de pierre sèche ! Et alors ? C'est comme les autres ! Encore heureux qu'ils n'aillent pas voir ceux qui sont un peu en retrait du circuit ! Quand est-ce qu'on rentre ?
Oui, elle est bien jolie cette petite maison de Rostan, qui semble attendre le prochain film de Pagnol, mais elle risque d'attendre longtemps ! Et nous aussi ! Alors, on y va ou quoi ?
Nous voilà repartis, je n'arrive plus à mettre un pied devant l'autre, je sais bien que je ne suis pas le seul, mais mes enjambées sont un peu courtes ! Enfin, je vois le toit de ma maison, hop, je m'éclipse, pas un au-revoir, rien ! J'en ai "plein les pattes !"
Eh oui, salut Sam! C'est avec un grand plaisir que nous la referons avec toi, cette jolie balade, si tu veux bien nous accompagner. Pour nous aussi c'est fini. Seule ombre au tableau : pas le moindre troquet à 10 km à la ronde, la dissolution a donc lieu sur le parking. Dommage !
A bientôt
10 participants, 755 m de dénivelé, 18.8 km. : sortie homologuée !!!
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