Carnet de route
La Chapelle des Prés Hauts
Le 28/01/2026 par TROTIGNON Laurent
Élégamment chaussée de soquettes rouge, la Toyota de Pierre nous suit dans les lacets du Restefond. A la recherche d’un stationnement, nous explorons le hameau de Lans puis repartons vers le col. Juste avant la barrière, au lieu-dit la Chalanette, le chasse-neige a dégagé un espace suffisant pour laisser les voitures. Après la sortie du samedi, l’équipe est bien rodée, le double check des DVA promptement effectué. Nous remontons la route couverte de neige tassée puis empruntons à gauche la piste des Meyries. Il a bien neigé vendredi soir, ce matin le ciel est clair, il fait -8°C dans le frigo ubayen. Edwin creuse le sillon dans lequel notre colonne progresse puis le soleil surgit derrière la crête de l’Empeloutier. Les rameaux des mélèzes scintillent entre les pins chargés de meringue glacée.
J’avais proposé comme but de sortie le Lac des Sagnes, peu de dénivelé mais beaucoup de distance. L’orientation NE de la plus grande partie du chemin garantit certes une bonne couche de poudreuse, en revanche nous risquons d’être en permanence à l’ombre. Edwin propose un plan B plus ensoleillé : monter à la Chapelle des Prés Hauts, située plein Ouest, pour un dénivelé supérieur. Instinctivement, la méthode 3x3 est appliquée, les participants consultés, le plan B est adopté, Marion prévenue par SMS du changement de cap.
De cabane en cabane, restanque après restanque, nous traçons une ligne sinueuse dans l’alpage puis entrons dans la forêt. Soudain, Delphine s’arrête et observe sa nouvelle montre connectée, et l’air contrarié, tâte ses poignets, ses carotides.
« Ma montre indique une fréquence cardiaque de 260 ! » dit-elle, inquiète. Elle n’a pourtant pas l’air essoufflé ni en difficulté malgré le fait qu’elle ouvre la trace depuis quelque temps. Après avoir examiné la Suunto, Delphine conclut que tout va bien, la montre affiche simplement la dénivelée depuis le départ, la fréquence cardiaque, très raisonnable, est dans un autre menu.
Sortis de la forêt, nous gravissons prudemment un panneau de neige assez profonde et atteignons une ruine auprès de laquelle le pique-nique est pris. Depuis l’Ouest, des cirrus traversent le ciel, surmontant des altocumulus en plaques peu jointives, le soleil arrive encore à se glisser dans les interstices. Nous dominons la vallée où se niche Barcelonnette, un tour d’horizon des sommets est effectué, au loin, vers Sainte-Anne, un hélicoptère en intervention bourdonne, des chocards à bec jaune tournoient dans un thermique. Café, chocolat, nougat, rechocolat, il faut prendre des forces avant de monter vers la Chapelle des Prés-Hauts !
Cette dernière montée nécessite de nous espacer et d’éviter certaines zones suspectes. La neige est répartie de façon imprévisible, elle comble des creux où nous enfonçons jusqu’aux genoux puis s’amincit, laissant dépasser l’épi de graminées sèches. Nous arrivons sur l’alpage d’altitude où se niche à 2220 m d’altitude la chapelle, dédiée à Saint Pierre-Saint Paul. A travers les interstices sous le toit et la porte, le vent a forcé la neige à entrer : la chapelle contient un glacier miniature.
De ces hautes régions, il est maintenant temps de redescendre vers la terre, ce que nous faisons en suivant le sillon tracé à l’aller, laissant dans la neige aussi peu d’empreintes que possible.





