Carnet de route
Rando/Bivouac en Ubaye - Le jour d'avant
Le 29/06/2021 par TROTIGNON Laurent
J’ai proposé au printemps cette sortie de rando-bivouac comme un remède à venir et à rêver, un vaccin radical contre les virus : trouver un site plutôt en exposition Sud pour éviter la neige, une montée au bivouac pas trop longue, de l’eau, de l’air, de l’herbe, la forêt et plusieurs plans de marche vers des lacs et le ciel.
Le vallon de l’Aupillon et de Rioclar, au-dessus du village des Thuiles en Ubaye, répond à ce rêve. N’étant jamais venu randonner dans ce secteur, j’envisage une reconnaissance préalable, permettant de m’assurer des possibilités de bivouac pour un petit groupe de marcheurs. Réalisée deux semaines avant la sortie, cette escapade me permet de découvrir qu’au delà du hameau des Prats, la piste est sérieusement ravinée, nécessitant de stationner nos véhicules vers 1650 m d’altitude. Mais pour le reste, tout est parfait et promet, si la météo nous est favorable, une belle sortie.
Deux semaines plus tard, partis de Venelles vers 13h30, j’ouvre la route depuis les Thuiles suivi par Sylvie, impressionnée par les lacets et la pente de la route vertigineuse qui mène aux Prats. L’épingle à cheveux de la Pinatelle offre, après cinq cents mètres de piste, un petit stationnement où nous préparons les sacs. Différentes options de couchage ont été retenues par les membres du groupe : tente à deux, mini-tente sarcophage, canadienne, duvet sur couverture de survie, … Au final, les sacs ont tous le même embonpoint et atteignent les limites de leur capacité et de celles de leurs porteurs. La piste qui monte en pente régulière vers les Hières sera notre ascenseur fleuri vers la Jaumasse où j’ai prévu le bivouac vers 2110 m d’altitude, dans une grande clairière ouverte vers l’Ouest sur le vallon des Aps.
Cette approche permet au groupe de faire connaissance, Simon et Jeanne, Paul, Laure, notre « sous-groupe jeune » et le quarteron d’ « anciens », Daniel, Sylvie, Corinne et votre serviteur. La bonne humeur règne, tous semblent excités et impatients d’y être enfin. Un souffle d’air tempère la chaleur, les prés sont constellés d’orchidées, de raiponces, lys de Saint-Bruno, doronics solaires, plantain rose et trolls globuleux. Peu après les bergeries des Hières, nous traversons encore un bois de mélèzes sur envirton 500 m et posons avec plaisir les sacs dans une vaste prairie. Au milieu coule un chenal d’eau vive et pressée. Chacun s’affaire, après avoir trouvé « le » coin d’herbe idéal où dérouler son futon. Un foyer est déjà construit au centre du village, j’y installe un premier réchaud. Tandis que Laure, suivie par le reste du groupe, se dirige pour une baignade au pied de la cascade de la Pisse, je repère à proximité du camp l’emplacement où, demain matin, nous laisserons sécher duvets et toiles de tente.
L’organisation du repas a été réglée lors de la réunion Zoom de jeudi : chacun apporte son plat principal et les desserts seront mis en commun. Les trois réchauds sont mis à feu et la tambouille va bon train. Paul sort de son sac une gamelle assez grande pour cuire une côte de bœuf et la pose en équilibre précaire sur le Globe Trotter. Simon a préparé un énorme cake au olives qu’il met en circulation en guise d’entrée surprise. Plats lyophilisés et semoules gonflent en silence. De mon côté, je trouve des orties pour parfumer une soupe au riz. Au fur et à mesure que les sacs se vident, les ventres se remplissent. Mais voici maintenant les desserts, gâteaux au chocolat, tablettes, pâtes de coing, fruits accompagnés d’une tisane et d’une larme de génépi. Le soleil disparaît derrière le pic Silhourais, chacun se retire en son logis de plumes et de toile, les étoiles s’allument une à une et la lune, bientôt viendra jeter un œil d’or sur le village endormi.





