Carnet de route
Lurs et Ganagobie
Le 27/03/2021 par TROTIGNON Laurent
Sortie du 27 mars 2021
Deux vaisseaux flottant dans le ciel de la Haute-Provence, telles sont Lurs et Ganagobie. Lurs, île presque déserte en ce dimanche matin où nous nous regroupons sur la poupe du navire, deux groupes de 5 et 6 randonneurs, conduits respectivement par Delphine et votre serviteur. Une navigation d’environ 20 km est proposée dans cet archipel. Celle-ci commence par une exploration des ruelles du vieux village et nous arrivons au départ de la Promenade des Evêques. Il s’agit d’un chemin de procession, une quinzaine de stations, et voici la chapelle Notre Dame de Vie à laquelle il mène.
Delphine conduit le groupe de tête, nous suivons en ce début de randonnée le GR653D, fragment d’un chemin menant à Saint Jacques de Compostelle. Le chemin suit le flanc occidental et boisé de cette petite montagne, trajet encore ombragé et froid. A bâbord, le pays de Sigonce et Forcalquier, inondé de lumière, mosaïque d’oliveraies, de cultures, de forêts, de fermes isolées. A tribord, la vallée de la Durance et derrière la ligne presque horizontale du plateau de Valensole, en contre-jour, les sommets du Verdon et de Digne. Nous quittons le GR, descendons vers le Nord-Ouest et suivons une large piste. L’Iphigénie de Delphine, un peu rétif au démarrage, a nécessité quelques réglages mais maintenant tout va bien, le groupe de tête file plein pot vers la ferme en ruine des Rousses où nous effectuons une pause, en gardant bien sûr nos distances. Il y a là, au pied de l’immense marronnier et des vestiges du bâtiment, une stèle avec quatre noms gravés, des noms d’Europe et d’Afrique mélangés, une femme et trois hommes, et une date de l’été 1944.
L’itinéraire à venir est vérifié puis nous repartons par la piste vers le Nord, jusqu’au point coté 584 m (l’Etang) où nous virons de bord pour passer sous les lignes HT et filer grand largue vers le Sud Est. La piste qui sert à l’exploitation forestière est jalonnée de dépôts de bois coupé et offre une vue magnifique et inédite sur les pénitents des Mées. Ces derniers se présentent en enfilade, comme les statues monumentales d’un haut-relief de la Nubie. Ces pénitents ne sont-ils pas en réalité des pharaons et le Cousson, le Cucuyon et le Caduc leurs pyramides ? Vue sous un angle différent, la nature des choses change et la Bléone devient vallée des Rois sous le disque solaire qui maintenant nous réchauffe bien.
La montée vers le plateau de Ganagobie est rapidement avalée, nous prenons le chemin de ronde qui mène à la point Nord du plateau. Dans la forêt d’yeuses se cachent les vestiges de Ville Vieille, site à l’histoire mal connue, probablement fortifié dès le XIIème siècle mais déserté au XVème siècle. Nous atteignons la pointe extrême où se dégage une vue extraordinaire sur la Durance, la Bléone et les montagnes de Digne sans oublier la Montagne de Lure. Il est presque midi et c’est sous les murailles de la ville disparue que nous trouvons un emplacement herbeux pour ouvrir les sacs et lézarder le temps d’une bonne sieste. Repartis voir le Prieuré, qui accueille des retraitants, nous traversons à nouveau la ville mystérieuse et trouvons après quelques hésitations notre sentier qui descend à l’Est en sous-bois. Suivant une piste à niveau, traversant la D30, nous attrapons un chemin mal défini, balisé de bleu antique, qui descend à travers bois au fond du ravin du Buès, franchi ensuite sur le vieux pont romain. Heureusement que nous sommes en mars, car il reste une bonne montée jusqu’au village de Lurs. Nous nous retrouvons sur la place du village, terrasse dominant le val de Durance. Delphine souhaite savoir si son encadrement du groupe de tête a été correct : une allure un peu rapide au départ, une seule hésitation sur l’itinéraire à suivre, des pertes raisonnables … Tout s’est bien passé !
Nous sommes maintenant dans la Maison de Justine. Cette boutique vend l’huile d’olive récoltée par la famille Masse depuis 4 générations. Les olives sont broyées dans le moulin de la Cascade, datant de 1674. Vingt-cinq hectare d’oliviers à tailler tous les ans, un travail fait dans les règles de la tradition, et une huile réputée dont nous achetons plusieurs flacons.
Madeleine est déjà repartie vers Manosque et, alors que Rémy, Christine, Jean-Marc, Sylvie, Monique, Nadine et Marie-Claude embarquent dans leurs véhicules, avec Séverine et Delphine, nous descendons de la colline de Lurs vers la Brillanne. La mécanique bien huilée de la sortie va légèrement se gripper lorsque d’abord des voyants illuminent la planche de bord et que, moteur asthmatique, nous sommes obligés de nous arrêter au péage de Meyrargues. En attendant la dépanneuse et le taxi, un beau ciel rose se forme au dessus de la Quille. Tout près de nous, discrète, coule la Durance tandis que des enfants en garde alternée et des paires de ski changent de voiture sur le parking.
Renseignement pratiques :
Distance : 21 km pour environ 650 m de D+.
VilleVieille :http://www.chroniques-souterraines.fr/dossiers/Archeologie/00_Dossiers/villevieille.pdf
Huile d’olive : www.levasiondessens.com/le-moulin-a-huile-de-la-cascade-a-lurs/
Photographies : Delphine Gillier et Laurent Trotignon





